Démarche

Intimiste, ma pratique est fondée sur la dimension affective de ma vie. Mon travail nait a priori de souvenirs ou d’expériences significatives que j’ai vécues, des moments marquants de ma vie. Il est souvent question d’attachement et de relations avec un entourage proche. De cette essence, je crée des symboles et un langage personnel qui me ramènent consciemment à ma mémoire dans l’idée de l’ancrer et de noyer la peur de l’oubli. Lorsque l’œuvre arrive à son aboutissement, il y a matérialisation de mes expériences vécues par mes propres codes desquelles apparait un discours autonome. Le souvenir lui-même peut soudainement sembler anecdotique ou superflu.

Je m’invente un système de traitement plastique qui me permet de ressasser jusqu’à épuisement ou plutôt jusqu’à l’atténuation du souvenir. Je cherche à souligner l’intensité ou l’importance de tels moments par une présence matérielle forte qui se développe à travers une approche ancrée dans la fabrication manuelle, souvent répétitive. Nécessairement, cela m’amène à travailler des techniques artistiques dans lesquelles la méthode et le protocole sont primordiaux.

Pendant ces longues périodes de travail, je cherche une précision et une délicatesse dans le rendu final. Bien que les codes soient prédéfinis, je me défais de toutes idées préconçues concernant le résultat de l’œuvre, laissant en partie le temps définir la trajectoire de mon projet. Ainsi, une sorte de temporalité émerge de la fabrication autant que de ce qui est évoqué dans chacune de mes œuvres.

La matérialité et la temporalité se retrouvent conjointement dans ma production de papiers faits main que je réalise à partir de fibres naturelles et de fibres recyclées. J’y explore leur fragilité, leur imperfection et leur hétérogénéité. Ces papiers rappellent également la mémoire, puisqu’ils sont souvent conçus de vieux documents et de vieux vêtements recyclés. Mon travail se présente aussi par le biais de la sculpture en céramique, de l’estampe et de la vidéo.

Au travers ces témoignages d’expériences intimes, je tente d’appréhender la constante mouvance de mon identité. En ressort un désir profond de m’inscrire dans le temps et de répondre à ces deux questions omniprésentes; « qui suis-je? », et « d’où viens-je? ».